Covid-19 – Comment s’adaptent les entrepreneurs français en Thaïlande?

Face à la pandémie du coronavirus et aux restrictions imposées par les autorités, les entreprises doivent adapter leurs activités avec pour certaines des opportunités nouvelles et d’autres uniquement des difficultés qu’il faut surmonter.

Dans un pays relativement habitué aux crises économiques, politiques ou environnementales, le Covid-19 apparaît pour de nombreux entrepreneurs français en Thaïlande comme étant exceptionnelle par son côté global et sur l’absence de maîtrise en termes de durée et de localisation.

Pour faire face, la flexibilité, la trésorerie et la créativité apparaissent comme les ingrédients nécessaires, sans oublier le côté humain et la solidarité. Lepetitjournal.com/bangkok a interrogé des propriétaires d’écoles, de restaurants, d’hôtels, des agents immobiliers, des courtiers, des voyagistes… ils font part de comment ils arrivent à gérer cette crise.

Tourisme en berne

La Thaïlande a commencé à ressentir les premiers effets secondaires de l’épidémie de coronavirus dès le mois de janvier avec une baisse du nombre de touristes chinois, suivis un peu plus tard par les touristes occidentaux.

“En février, nous avions encore de demandes de devis pour des vacances à la fin de l’année 2020, en mars nous enregistrions une baisse de plus de 80% et là, nous sommes à zéro!” résume Ben Lefetey, directeur de l’agence de voyages Thaïlande Autrement. “Pour autant, nous ne restons pas les bras croisés. Nous proposons aux clients de réserver leurs vacances avec la possibilité d’annuler sans frais jusqu’à 15 jours avant le départ, c’est une solution pour gagner la confiance des clients et espérer avoir des réservations pour les mois de juillet et août” ajoute-t-il.

Avec les frontières qui se ferment les unes après les autres, les annulations d’avion et l’interdiction depuis le 26 mars pour les étrangers d’entrer en Thaïlande, les hôtels se vident. “J’ai fermé depuis dimanche 23 mars et je ne sais pas quand j’ouvrirais de nouveau. Toutes les réservations s’annulent les unes après les autres jusqu’à la fin du mois d’avril. Je suis assez pessimiste pour les mois de juillet et août, j’ai l’impression que les gens ne vont pas venir tout de suite en Asie. Après, dans une période comme celle-ci, c’est l’occasion de tout remettre à plat pour préparer le retour à la normale. J’ai de la maintenance à faire, c’est le bon moment et le moyen de garder mes employés” explique Maxime Gaillard, directeur de Baan Thong Ching Resort à Khanom dans la province de Nakhon Sri Thammarat.

“Avec la fermeture des hôtels et des restaurants, je compense en misant sur la livraison à domicile”, indique Laurent Opportune, propriétaire de la société Klong Phai Farm. “Depuis cette semaine, nous proposons de livrer des poulets rôtis, mais cela ne compensera pas les pertes de l’hôtellerie. Notre problème, c’est que nous avons des poulets qui vont arriver à maturité, nous devons gérer cela et prévoir de diminuer le nombre de volatiles dans les prochaines semaines. Du fait que nous soyons une petite PME, nous allons nous adapter et nous devrions passer. Si les affaires reprennent en septembre, cela devrait aller, mais si ce n’est qu’en novembre ou décembre…”

A emporter

Avec la fermeture des bars et des restaurants, ils sont plusieurs à miser sur les services de livraison à domicile ou sur les commandes à emporter. “Nous avions anticipé de quelques jours la fin de la restauration sur place en misant sur nos autres canaux que sont nos épiceries avec en plus de celle de Suan Phlu, l’ouverture d’une nouvelle boutique Sukhumvit 35 et notre site internet”, explique Axel Aroussi, cofondateur d’El Mercado.

“Depuis 10 jours, nous sommes sur le pied de guerre à imaginer différentes solutions comme la reconversion de certains membres du personnel pour pouvoir les garder. Nous avons réalisé que les gens achetaient plus de produits pour cuisiner à la maison donc nous avons évolué dans ce sens en proposant des pots de sauce pour les pâtes, les mêmes sauces que nous servons dans le restaurant mais qu’il est désormais possible maintenant de manger à la maison, nous proposons aussi  des produits frais surgelés comme le poisson, etc.”

Restaurant-bistro, Wine Depot se concentre également sur la livraison à domicile et la vente à emporter avec des réductions de 20% sur la carte. “Nous avons transformé la boutique en ‘Cash & Carry’. L’inconnue est la durée de cette crise économique. En même temps, les gens ne s’arrêtent pas de consommer et nous avons encore beaucoup de clients réguliers qui viennent chez nous” confie Jean-Christophe Martin, directeur de Wine Depot.

Le personnel, une priorité

De son côté, Jean-Yves Canet, propriétaire du restaurant Rendez-vous au Lys, a décidé de fermer sans chercher à proposer de service à emporter ou de livraison. “Je n’ai pas trop à me plaindre, je n’ai pas de crédit en banques ou chez des livreurs. Quand on est étranger ici, nous savons qu’il ne faut pas compter sur les aides, il faut pouvoir s’adapter et assurer ses arrières en amont. Là, je vais tout faire pour continuer à assurer le salaire de mon personnel, je ne voudrais pas les perdre et puis j’aurais besoin d’eux quand nous rouvrirons”.

La sécurité salariale des employés est l’une des préoccupations principales pour ces entrepreneurs et tous essaient d’assurer un revenu.

“Nos équipes travaillent par équipes de deux en services et deux en livraison, au lieu de six habituellement et il y a une rotation entre eux. Par contre, si à un moment nous ne pouvons plus ouvrir, il faudra prendre des décisions et il y aura inévitablement un impact sur les employés”, ajoute Jean-Christophe Martin.

“Nous avons identifié les ressources que nous avions dans notre personnel pour voir comment les reconvertir. Nous faisons au mieux pour aider nos employés. Et ceux que nous ne pourrions pas garder si la situation se prolonge, nous continuerons à leur proposer deux repas par jour, ils pourront venir manger ici pendant un mois, deux mois, six mois. Le personnel est mon souci premier”, confie Axel Aroussi.

“Ma principale fierté serait de passer cette crise en continuant à payer les salaires et en assurant du bonheur pour les enfants” ajoute Christophe Galian, fondateur du centre éducatif bilingue Acacia. Centre d’accueil bilingue pour les enfants de maternelles, Acacia est présent à Hanoï, Bangkok et, depuis peu, à Phnom Penh. À Hanoï, l’école est fermée depuis huit semaines et à Bangkok depuis le 18 mars. “Nous avons la chance de pouvoir espérer sauver l’école, mais pour cela, il faut que les parents nous suivent et nous soutiennent pour passer l’orage. C’est à nous de les convaincre en proposant des outils d’apprentissages et des activités à faire à la maison”.

Pour d’autres par contre, la crise sonne comme la fin d’une aventure comme pour le restaurant-club de jazz FooJohn. “Nous avons plié bagage, nous n’avons pas les reins assez solides, nous avions déjà eu une chute de 50 à 60% en février. Le problème dans notre milieu, c’est que pour beaucoup nous sommes en flux tendu. Nous n’avons pu garder notre personnel, ils ont été payés pour le mois de mars, après ils devraient pouvoir bénéficier de la sécurité sociale” relate Romain Dupuy, l’un des fondateurs de FooJohn.

Pas tous égaux face à la crise

En Thaïlande, le système de santé à deux vitesses entre le privé et le public couplé à l’augmentation du nombre de personnes infectées suscite la panique auprès des personnes qui n’ont pas d’assurances. “Avec la fermeture du centre commercial Pantip à Chiang Mai, je travaille depuis la maison tout en restant disponible pour des rendez-vous. En ce moment, j’ai un gros surcroît de travail” répond Julien Tavernier, directeur du cabinet Insurance Expats Solutions à Chiang Mai.

Le secteur de l’immobilier s’attend à un ralentissement pour les trois ou six prochains mois, principalement parce qu’il est difficile de pouvoir faire visiter des biens aux acheteurs potentiels. Pour autant, comme le dit l’adage chinois, dans chaque crise il y a une opportunité.  » Si  on anticipe naturellement un ralentissement de l’activité, avec un attentisme assez marqué depuis plusieurs semaines, certains acheteurs estiment aussi que les choses vont revenir à la normale et que c’est le moment de négocier de bons prix,” explique Sébastien Cuvelard, directeur de Thai Property Group (TPG). “Nous avons fermé temporairement les agences en Thaïlande par mesure de précaution sanitaire pour nos employés, et toutes les équipe sont en activité en télétravail. Faute de pouvoir recevoir des clients ou faire signer des contrats dans les conditions habituelles, nous pouvons prendre des options avec des bonnes conditions sur des affaires qui se concluront dans quelques mois ».

Pour Fabrice Loré, fondateur de l’agence immobilière Five Stars, “il est encore trop tôt pour dire que l’immobilier s’écroule, mais c’est plus compliqué de vendre un appartement aujourd’hui sans visite. Nous sommes encore sur l’élan du début de l’année qui ne démarrait pas trop mal, nous ferons un bilan à la mi-avril. Après, il n’est pas impossible que des personnes doivent à un moment donné vendre leurs biens pour couvrir les frais de leur business, je reçois déjà des e-mails de personnes me demandant s’il y a des opportunités d’achats”.

Du côté des entreprises de sécurité, la situation est relativement stable avec comme pour d’autres activités comme l’immobilier ou les agences de voyages un changement dans la manière de travailler puisque les employés de bureaux sont invités à bosser depuis la maison. “Nous enregistrons une légère baisse”, explique Christophe Fromont, de Security Diamond Services (SDS). “Certains clients nous demandent de diminuer le nombre de gardiens mais, comme nous sommes dans l’incertitude sur la durée, pour l’économie que cela représente de supprimer ces postes avec le risque de ne plus avoir de gardes s’ils résilient un contrat, peu le font finalement”.

Fabien Salamito, directeur de SPI Bodyguard & Security Services s’estime chanceux d’avoir diversifié son activité à la fin de l’année 2019. “En plus des services de garde du corps, nous avons créé à la fin de 2019 un service de sécurité dans les bureaux, les condominiums, etc. Et c’est là-dessus que nous nous concentrons pour le moment, car on constate évidemment une baisse dans la sécurité d’événementiel et dans les demandes de gardes du corps pour des touristes” explique-t-il.

Habitués aux crises

Malgré l’incertitude sur le temps et les sacrifices que va demander cette crise, à quel moment les mesures imposées par le gouvernement seront levées, à partir de quand l’économie reprendra-t-elle, etc. une forme de résilience et d’optimisme transparaît.

“C’est une crise globale, et puis en Thaïlande nous avons des crises tous les deux ou trois ans, donc nous sommes habitués à avoir des coups d’arrêt,” commente Jean-Christophe Martin. “Et à chaque fois, nous constatons une capacité de redémarrer. Dès que la Chine ira mieux, la Thaïlande pourrait être le premier pays à en bénéficier. Pour les clients d’Europe, il faudra attendre un peu plus longtemps”, dit-il.

“Les prochains mois vont être durs. Là où nous sommes solides, c’est que cela fait 15 ans que nous sommes ici, il y a déjà eu plusieurs crises, la flexibilité et la cohésion d’équipe sont des clés. Nous sommes dans une situation sans précédent, il faut pouvoir être réactif et être capable de s’adapter”, souligne Ben Lefetey.

“Il faut être patient et suivre les consignes pour que cela prenne fin au plus vite”, insiste Jean-Yves Canet. “Il y a de l’espoir quand on regarde la Chine où l’activité économique reprend tout doucement. Je ne pense pas que cela va durer plus de deux mois, il ne faut pas baisser les bras”.

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